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"Pôle emploie le mensonge..."

Écrit par olivier. Publié dans Actualité

Je pensais en ayant lu tout Desproges pouvoir aborder l’existence avec le même détachement. Je m’exerçais depuis quelques temps à afficher un sourire volontairement débonnaire, dispensant à mes proches et à mes lointains une bienveillance, disons-le sans détour, christique à souhait.
Les zygomatiques en banane, j’entrais de plain-pied en 2016, célébrant la nouvelle année à coup de voeux et de pétards.

C’était sans compter sur Pôle Emploi et ma conseillère dont la mauvaise foi a fini par me faire douter de Dieu, de ses saints et par voie d’inconséquence, de moi-même.

Chômeur de catégorie A et étiqueté « Senior », je m'engluais dans une inactivité imposée injustement par des variables d’ajustement au point de somatiser chaque matin en entendant France Info égrainer son chapelet d’embouteillages. Heureux soient les actifs qui encombrent les routes, participent à l’activité économique du pays, au réchauffement climatique de la planète et au versement de mes indemnités faméliques. Ainsi, après avoir travaillé et cotisé plein pot pendant près de 30 ans, je touche aujourd’hui la bagatelle de 0,92 euros par jour, ce qui ne me permet pas de relancer la consommation et de lutter contre le chômage endémique de nos jeunes.
Dans ma cour des miracles, une petite lueur vint cependant m’éclairer subrepticement. En décembre dernier, je fus convoqué à un casting voix dans une société spécialisée dans le doublage. Après un avis très favorable, on me proposa de suivre une formation de doublage et d’effectuer auprès de Pôle Emploi une demande de prise en charge. Ce que je fis dans les plus brefs délais, ragaillardi par le simple fait qu’on puisse avoir besoin de mes cordes vocales et de mes neurones vieillissants. J’ai 53 ans. Ma demande resta courriel mort, du moins pendant 22 jours. Entre-temps, j’avais eu la douce insolence de renvoyer mon mail une dizaine de fois, histoire de maintenir la pression et si possible, d’invoquer l’urgence de ma situation.

Le mercredi 13 janvier au matin, entre un café, une tartine beurrée et un Bromazepan, je recevais enfin une réponse de ma conseillère. Tel un jeune chiot à l’heure de la promenade, ma joie faisait vraiment plaisir à voir.
D’un clic exalté, j’ouvrais le courrier ou plutôt une synthèse d’entretien professionnel. Ainsi, je découvrais que la veille, j’avais eu un entretien avec ma conseillère, cette belle inconnue dont j’ignore encore à l’heure où je vous écris, si elle est brune, blonde, rousse ou décolorée par les années et les pauvres types dans mon cas. Pris d’une bouffée d’angoisse et d’un moment de doute, je ressassais mon emploi du temps de la veille. Souffrirais-je d’un dédoublement de la personnalité, d’une schizophrénie mal diagnostiquée ?
Se peut-il que je sois allé à Pôle Emploi de mon plein gré sans même m’en apercevoir, sans avoir été convoqué, sans avoir à faire la queue parmi tous mes congénères réduits à un matricule, sans avoir à affronter le regard volontairement compatissant ou visiblement agacé, de la personne chargée d’accueillir et de rediriger toutes ces carrières avortées, ces parcours professionnels brisés, ces déchus de la vie économique, ces exclus de la République ?
C’est alors que mon regard se posa sur le combiné téléphonique. Aurais-je répondu par inadvertance à ma conseillère, cette belle inconnue dont j’ignore même le son de la voix, trop occupé que j’étais à rédiger ma énième lettre de motivation, à dégraisser mon CV et à décapsuler une bière ? Aucune réminiscence de sonnerie. L’amnésie parfaite mais le souvenir précis. En effet, son courrier reprenait précisément les prétentions professionnelles et salariales que j’avais exprimées lors de mon inscription à Pôle Emploi… il y a 6 ans, après une rupture conventionnelle qui n’était en fait qu’un licenciement déguisé. Depuis, rien de nouveau à l’ouest. J’habite à proximité de Rennes. Après deux rendez-vous physiques, trois ou quatre entretiens aussi téléphonés que téléphoniques,  mon dossier avait rapidement rejoint les profondeurs abyssales et poussiéreuses d’une administration à bout de souffle et donc, incapable de plonger en apnée pour me repêcher.
Aucune proposition ni d’emploi ni de formation ne vint perturber ma carrière de chômeur pendant ces 6 années.
Si ce courrier rompait avec une longue période de jachère, il ne répondait pas pour autant à la question posée : pouvais-je prétendre à une formation de doubleur voix prise en charge par Pôle Emploi ? Oui, non, peut-être, pourquoi pas, soyez gentil de cocher la case. Les 12 ou 13 ans qui me séparent de la retraite, dépendent en grande partie d’une réponse qui reste, elle, en suspens. Aujourd’hui encore, j’ai beau consulter mon "espace client", je ne vois aucun courrier relatif à mon questionnement existentiel malgré les dires de ma conseillère, sans doute exaspérée qu’un dossier vieux de 6 ans puisse refaire surface et troubler les eaux pas toujours tranquilles de son quotidien de préposée à l’emploi.

Faut-il pour autant, à moins d’un Burn-out en gestation, utiliser le mensonge, bidonner des entretiens, voire des réponses, alors que la traçabilité électronique de mise chez Pôle Emploi permet une vérification immédiate et donc, une dénégation aussi instantanée ? Est-ce à dire que depuis 6 ans, je participe sans le savoir à des entretiens inventés de toutes pièces ? Suite à ces pratiques indignes et méprisantes, peut-on encore prétendre contrôler puis sanctionner les chômeurs ? Enfin, quelle crédibilité apporter au discours gouvernemental qui fait de la lutte contre le chômage, sa priorité ?

Deux courriels plus tard, ma conseillère n’a toujours pas daigné me donner des précisions sur les conditions de notre entretien supposé, sur la teneur exacte de sa prétendue réponse. Un mail automatisé fait office d’accusé de réception.

Étonnant, non ? Heureusement, Desproges est encore parmi nous.

Signature : Didier